Né à Paris en 1971, Alain Girand se passionne pour les poètes et artistes de la seconde moitié du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ siècle, plus particulièrement pour ceux issus de la bohème montmartroise.
Lecteur assidu, il a parcouru de nombreuses œuvres poétiques avant d’oser franchir le pas de l’écriture. Il a rejoint l’Académie en 2025.
Artemisia
Dans le bouillonnement caressant d’un café
Qui s'accroche au versant fort pentu de la Butte,
Tu stimules le goût du poète assoiffé,
Ayant quitté, fougueux, le fond de sa cahute.
Alors, secrètement, ton parfum délicat
Titille sans délai les narines dociles ;
Il enivre l’esprit mieux que l’arabica
Pour dissiper l’ennui des moments difficiles.
Ô succulent nectar, ravissant trublion !
Tu conquiers lentement le corps d’un humble verre,
Puis déverses ton flot, suave tourbillon,
Surpassant aisément la force du tonnerre.
Tu pénètres la chair d’une douce langueur
Sans jamais desserrer le joug de ton étreinte,
Mais ravives la voix grêle du harangueur,
Qui chante tes pouvoirs, ensorcelante absinthe.
Alain Girand
Barfleur
Fermement amarrée au flanc du Cotentin,
La cité granitique aux lumières changeantes
Dévoile avec éclat son roc adamantin
Dans le miroitement des terres émergentes.
Dans le port radieux somnolent les bateaux ;
Ils sont blottis, sereins, dans les algues visqueuses
Et puisent leur vigueur dans ces flasques manteaux
Pour pouvoir tenir tête aux vagues belliqueuses.
Sur le quai recouvert de filets bigarrés,
Moules et crustacés se livrent à la foule,
Qui scrute avidement les étals égarés
Au rythme lancinant des rumeurs de la houle.
Tout près de là se dresse un phare vigoureux,
Un colosse des mers, le plus bel émissaire ;
Dans le printemps suave ou l’hiver rigoureux,
Il veille sur Barfleur, perle du Val de Saire.
Alain Girand
Murmures de Brest
Promenant son regard sur la rade sans fin,
La cité taciturne à pleins poumons respire
Les embruns écumeux pour assouvir sa faim,
Dont la voracité rappelle le vampire.
Les âmes en transit s’entassent dans le tram ;
Le cri tonitruant des goélands résonne
Et trouble sans répit la chair du macadam
Avant de succomber dans le ciel qui grisonne.
L’eau franchit le rebord du céleste arrosoir,
Transformant les badauds en éphémères ombres ;
La ville au front de sel, dans la fraîcheur du soir,
Calmement se morfond comme un tas de décombres.
Le vent fait retentir les flots impétueux
De l’Iroise mouvante au courroux redoutable ;
Et j’entends son fracas, souffle tempétueux,
Se fondre avec ardeur dans la nuit insondable.
Alain Girand