Jeanne, les chemins du silence
Poète breton, Alain Fleitour vient de publier aux éditions Sajat « Jeanne les chemins du silence ». Dans cet opus de 80 pages, en vers libres ou rimés, il rend un vibrant hommage à celui qui lui a ouvert la porte du monde des arts : le sculpteur Pierre de Graw :
« Caressant la traverse de chêne
la main de Pierre hésitait, le bois respirait encore
la main calleuse cherchant l’âme du bois, ses fibres,
son odeur, d’un sommeil de tant d’années...
… ses belles mains tannées glissaient... »
Les mains de Pierre
« Le visage entier est entre les mains de Pierre,
il ne doit pas bouger, mais laisser filer les derniers bouts de glaise.
La terre est si fragile.
Alors des mots viennent frôler les yeux du sculpteur... »
Émerveillements.
Outre la poésie, Alain Fleitour sa passionne pour la peinture et notamment pour celle de Bernard Bouin, artiste breton, spécialisé dans les paysages. Il célèbre un ensemble de toiles autour des quatre saisons, à l’instar de l’œuvre de Vivaldi :
« … La vie impose sa renaissance
à grandes foulées de vent
les ombres remontent le temps... »
Le printemps sa renaissance
« … C’est un flot de lumières aveuglantes
qui bouleverse le silence de nos corps... »
L’été les bruits du monde
« … Le temps glisse de feuille en feuille
Du vert au pourpre en attendant l’hiver... »
Automne comme une fêlure
« … Deux ombres entre deux arbres échevelés
Couchant la blanche nudité du soir... »
L’hiver où tout se fige
Jeanne, les chemins du silence, fait la part belle aux femmes, aux opprimés et au rejet de la guerre.
Mireille HEROS
19 février 2026
*Alain Fleitour est un poète breton, né à Paris. Il représente l’Académie de la poésie française dans la région de Vannes.
Dès l’âge de cinq ans, il se passionne pour les livres. Avec sa mère institutrice il apprend leur sens, leur magie, leurs métamorphoses. Malheureusement, elle décédera l’année de ses six ans. A huit ans, il fera le dur apprentissage du pensionnat.
Néanmoins deux professeurs éclaireront son enfance : Pierre Gillet,professeur de français et passionné d’alpinisme, et Pierre de Grauw, sculpteur, qui lui fera découvrir le monde de l’art. En 1968, il ressent le besoin impérieux d’écrire et de partager. Il rencontre sa muse et publie son premier recueil de poésies « l’amour en jachère » aux éditions de Saint-Germain des Prés.
Aujourd’hui à la retraite, cet ancien ingénieur agronome, s’attache à promouvoir la poésie en Pays de Vannes.
Quel ultime effort pour fuir cette haine,
La femme accouchant couverte de sang
Put échapper à l'entrave des plaines.
Les infirmiers s'avançaient chuchotant
Des baisers à son doux ventre de laine.
Sa robe aux fronces bleues piquées de blanc
Éclairait la mère comme l'écume
Que la houle par ses cris haletants
Tyrannisait, délivrant dans la brume
Les premiers pleurs de l'enfant effrayé.
Deux soldats les portèrent d'amertume
Vers les abris par les siens protégés.
La peau bercée au jaune de molène
Heureuse au bleu de la maternité.
Quel ultime effort, vivre souveraine.
Alain Fleitour
juillet 2022
Chaque abri jaune et bleu protégeait ses enfants,
Des grappes de givre en cachaient les persiennes
A enlacer les jours et suspendre le temps.
Le monde agonisait sous le vent de la haine
Guettant un fol espoir jusqu'aux frémissements.
Dès la lueur du jour les élus de l'Ukraine
Ont sonné le réveil de combattre en chemin
Sauver la liberté la seule souveraine
Ne plus se retourner, ou mourir de chagrin.
S'accrocher au passé, oublier les vivants.
Palaces, pots-de-vin, baudruches des larbins
Obéir et frémir, ravaler ou se taire,
Lot des vils serveurs de monarques assassins
Ne plus oser parler, ou dénoncer son frère.
Le roi se meurt bouffi dans un râle haletant.
Ils dresseront leurs yeux vers ce roi chancelant,
Demain viendra la liberté des hommes frères,
Chaque abri jaune et bleu renaîtra du néant.
Un fol espoir perce sous le gel de leurs peines.
Chaque abri jaune et bleu connaîtra le printemps.
Alain Fleitour
Juillet 2022