LE VAISSEAU DE RÊVE
Une île somptueuse aux tons bariolés,
Émergeant d’un drapé de dentelle bleuâtre,
Dresse ses flancs abrupts, savamment ciselés,
Ses nids dans la verdure où chemine le pâtre.
Calvi ! La citadelle arbore ses remparts :
Un bastion génois, autrefois seigneurie,
Qui coiffe un promontoire, orné de toutes parts,
De cactus épineux : Figuiers de Barbarie.
Des géants de porphyre, en un combat figé,
Déferlent vers les flots d’améthyste ou turquoise.
Ourlé d’eucalyptus, par l’écume assiégé,
Porto, sur un rocher, hausse sa tour génoise.
Le roc saignant bondit parmi les frondaisons
Embaumant Piana d’une senteur exquise ;
Les calanques en feu versent leurs cargaisons
Sur des récifs pourprés qu’une encre bleue aiguise.
Belle et impériale, Ajaccio paraît
En festonnant un golfe à l’éclat d’émeraude.
Dans la maison natale au si charmant attrait,
L’âme des Bonaparte éternellement rôde.
Voguant sur des massifs peuplés de châtaigniers,
Des villages perchés hissent leur campanile,
Épris d’indépendance, ils furent pionniers
D’une vive révolte où Gênes céda l’île.
Sous le ciel de l’Asco, le pays des mouflons,
Des torrents de lumière, en gerbes cristallines,
Dans des vasques de jade, égrènent leurs flonflons,
Au pied des pins géants et des monts violines
Frangé de schiste vert, Le Cap nargue les flots
Dans une lutte austère où se nichent des criques.
Pour fonder des comptoirs, ses vaillants matelots
Émigrèrent jadis vers les deux Amériques.
Village médiéval surmonté d’une tour
Qui veille sur la mer et sur les lauzes vertes,
Nonza ! Joyau du Cap, achemine alentour
Ses jardins étagés vers des plages offertes.
Une source jaillit de cet éden côtier
Sur le lieu du martyre où la jeune Julie
Mourut comme le Christ en bravant son geôlier ;
La sainte est vénérée en Corse, en Italie.
Sur le vaisseau de rêve, éclaboussé d’honneur,
Pétri de liberté, l’homme a gardé le culte
Qui donne à la famille une aura de bonheur
Et celui de sa terre où toujours il exulte !
Ginette Dencausse