Invité de la conférence du 12 novembre 2025, Jérôme Hauser nous a offert un tour de fables qui ont bercé notre enfance. Ce seul en scène prouve, si besoin en était, que l’on peut encore et toujours divertir avec le fabuliste préféré des Français : Jean de La Fontaine.
Jérôme Hauser a choisi de devenir comédien. Lui qui se destinait au monde de l’entreprise (finance, marketing, internet) est devenu instituteur. Il a pris le temps de se former chez un grand maître du théâtre : Jean-Laurent Cochet. Il se souvient du Maître qui avait mis les fables au cœur de son apprentissage. « Il connaissait leur pouvoir et nous apprenait à les dire avec conviction. Nous devions penser à un contradicteur imaginaire avec la ferme volonté de le convaincre ». Lui, l’instituteur redevient l’élève devant Maître Cochet qui en une seule fable reconnaissait le comédien en devenir.
« Jérôme Hauser a fait sien ce que l’enseignement de Jean-Laurent Cochet avait de meilleur, écrit Maxime d’Aboville, acteur et metteur en scène, dans la préface du livret La Fontaine en 10 leçons. Il parvient à faire croire aux spectateurs que ces textes vieux de plus de 400 ans, sont de lui.
En 2014, Jérôme Hauser monte son premier spectacle afin d’être prêt pour les 400 ans de La Fontaine en 2021. Il joue plus de cinquante fois son seul en scène au théâtre de l’Ile Saint-Louis et le redonnera le 16 février au théâtre de Passy
Les dix leçons de La Fontaine par Maître Jérôme Hauser.
Leçon 1 - On ne peut pas contenter tout le monde. Lorsqu’il monte son spectacle Jérôme Hauser se trouve confronté à un dilemme : comment interpréter La Fontaine tout en laissant une place à son autre poète préféré : Victor Hugo. Un clin d’œil en quelque sorte. Il en parle avec ses proches et bien sûr les avis divergent. Il hésite puis les réunit en leur déclarant comme le meunier de la fable : « Dorénavant, qu’on me blâme, qu’on me loue, qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien, je leur ai dit que j’en voulais faire à ma tête. J’ai donc ajouté un texte de Victor Hugo : le mot ».
Leçon 2, 3 et 4 – Faites-en à votre tête mais soyez prudent. C’est justement le conseil que nous donne Victor Hugo dans son poème le mot . Néanmoins prenez garde aux choses que vous dites sinon vous finirez comme la tortue dont l’étourderie et le manque de discernement ont conduit à sa propre perte. Méfiez-vous des flatteurs à l’instar de Maître Corbeau sur son arbre perché qui en perdra son fromage même en verlan*. Ne vous faites pas plus malin que les autres à l’instar du lion et du moucheron. Ne surestimez pas vos capacités vous tomberez toujours sur plus fort que vous comme le rat avec l’éléphant
Leçon 5 – La loi du plus fort. La Fontaine nous montre, si besoin en était, que la raison du plus fort, du plus malin, du chacun pour soi est en quelque sorte une loi naturelle. On peut le constater à longueur de colonne dans les journaux et à la télévision. La fourmi illustre très bien le chacun pour soi, le loup et l’agneau la raison du plus fort. La mouche du coche vient à point nommé pour pointer du doigt les « empressés » qui s’introduisent dans les affaires et ont un avis sur tout.
Leçon 6 – La liberté. Faire des choix pour trouver sa liberté entre le confort et la vie de bohème. Grande leçon que celle du loup et du chien . Un choix philosophique.
Leçon 7 – le rêve. Celui de Perrette et son pot au lait. Elle imagine qu’avec le prix de son lait, elle va pouvoir acheter un cent d’œufs qui va doubler, tripler, se transformer en veaux, vaches, cochons. Un faux pas et le rêve s’écroule.
Leçon 8 – le temps. Perrette n’avait pas écouté la leçon de La Fontaine : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Pas plus que le lièvre quand il fait la course avec la tortue. Il faut arrêter de procrastiner c’est-à-dire de remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même. Dans la mort et le mourant La Fontaine nous conseille de préparer sa vie mais aussi sa mort ou encore son veuvage.
Leçon 9 - L’amitié. Soyez prudents dans le choix de vos amis. Ne prenez pas le premier sot venu ! Pour preuve l’aventure de l’ours et l’amateur des jardins car « rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi »
Leçon 10 – L’amour. « Amour, amour quand tu nous tiens, on peut dire adieu prudence ». C’est tout l’objet de la fable que dédie La Fontaine à Madame de Sévigné . Sacha Guitry, pour sa part, avait eu l’idée d’inverser cette morale « Prudence, Prudence, quand tu nous tiens, on peut bien dire «Adieu l'Amour ». La fable « les deux pigeons » (lien) démontre que quand on aime, il ne faut pas voyager.
Un peu, beaucoup, énormément, passionnément … Jérôme Hauser effeuille une rose tout en déclamant l’amour et la folie. Mais le mot de la fin revient à La Fontaine :
« Si de vous agréer je n’emporte le prix
J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris »
Mireille HEROS
A lire : La Fontaine en 10 leçons – Fables intemporelles : tellement actuelles – 10 euros – disponible auprès de l’auteur à l’adresse suivante : [email protected]
A voir ou à revoir : La Fontaine en 10 leçons - théâtre de Passy le lundi 16 février 2026
Jérôme Hauser en quelques dates
1973 : naissance.
1996 : Dauphine : maîtrise de finance.
1998 : Sciences Po : master marketing communication.
1999 : Publicitaire.
2001 : Cours de théâtre de Jean-Laurent Cochet pendant cinq ans
2004 : Devient instituteur. Exerce dans le groupe scolaire Passy-Chernoviz (Paris, 16e).
2014 : Crée son premier seul-en-scène : « La Fontaine en 10 leçons. Plus de 50 dates jusqu'en 2021 au Théâtre de l'Île Saint-Louis.
2021 : Juin/Juillet : pour célébrer les 400 ans de la naissance de Jean de La Fontaine le 8 juillet 1621, participe avec la Mairie du 16e à la création d'un théâtre de verdure dédié à la découverte et à l'interprétation des Classiques.
2023 : Crée son second seul-en-scène : « Hugo et ses légendes » . Le 5 avril, donne son spectacle à L'Auditorium de l'Hôtel de Ville de Paris, pour la Société des Amis de Victor Hugo et fin juillet, « La Fontaine en 10 leçons » au festival du Théâtre de Verdure du Jardin Shakespeare au Pré Catelan dans le Bois de Boulogne (16e).